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Dec 16 2020

Vivre en Communauté/ live in community

Vivre en Communauté (English text below)

par Jan Reynebeau, cicm


Vivre en communauté peut être une bénédiction, ou un enfer; parfois un purgatoire. La vie commune ne laisse personne indifférent. Mais elle peut parfois tourner à la froideur. Cela arrive quand la chaleur disparaît. Et cela n’arrive que rarement d’un seul coup. Vivre ensemble, cela se fait à partir de la diversité. Chacun a son tempérament et sa sensibilité, ses préférences et ses aversions. Et cela provoque souvent chez l’autre personne une réaction de sympathie, d’antipathie ou de nervosité. Ces sentiments nous tombent dessus. Nous ne les choisissons pas nous-mêmes. La question est alors: qu’allons-nous en faire? Nous avons certes la liberté d’en disposer.


Vivre ensemble n’est pas toujours facile. Nulle part. Pas même dans une famille exemplaire, encore moins dans la société. Nous vivons en frères les uns avec les autres. Godfried Bomans a écrit: “Les hommes sont nos frères. Mais on se lasse parfois de cette famille”. C’est exact. On n’a pas la même affinité avec tous ses frères. De plus, en tant que religieux, nous avons souvent cultivé une image idéale. Et si la réalité n’y correspond pas, nous réagissons de manière critique. Si cette critique n’est pas entendue et qu’elle n’est pas immédiatement suivie d’effet, nous nous glissons dans notre coquille.


Cette coquille est comme un cocon sûr, où les désirs non réalisés et les sentiments sans réponse ne cessent de bouillonner. Si cela arrive souvent, et se produit chez plus d’un, et persiste, la dynamique dans une communauté devient une spirale descendante. Cela ne réjouit personne.


Du poil à gratter


Cela semble passablement négatif. Heureusement, nos communautés sont de bonnes communautés. Mais, même les communautés bonnes au départ ne sont pas immunisées contre des infections latentes. Celles-ci commencent avec des symptômes à première vue innocents: quelqu’un ne vient plus à table ou au potus; un autre s’enferme toute la journée dans sa chambre; à une table de quatre ou six personnes on ne dit plus un mot; de deux tables presque vides on aurait facilement pu en faire une seule; d’autres sont constamment absents sans laisser d’information aucune. Ce n’est pas un drame si cela arrive de temps en temps. Il n’est pas nécessaire de bavarder et de papoter tout le temps ; il ne faut pas que “j’aime” toujours, et je peux à l’occasion passer une journée seul avec moi-même. Et il m’est certes permis d’envoyer quelquefois tout le monde se promener, ou au diable.

Ce n’est que si ces ‘quelquefois’ deviennent une ‘habitude’ qu’on peut se demander si cela favorise la qualité de notre vie commune. Et si nous devrions tout simplement laisser les choses se passer comme ça, serait-ce donc la seule respon- sabilité du recteur? Ou sommes- nous mutuellement responsables les uns des autres?

Être responsable signifie répondre à la demande et à l’attente des autres de se retrouver bien ensemble.

Des paroles comme intimité, vie privée, liberté et justice, sont ici des concepts précieux, à moins qu’elles ne soient invariablement précédées de l’adjectif inflexible ‘mon, ma’. Dans ce cas, une réponse devient une anti-parole. Ainsi, toute communication est bâillonnée.

Il se fait que la communication est précisément ce autour duquel tout gravite dans une vie en commun. Les bonnes communautés sont des communautés où les confrères se parlent. Et cela regarde plus que de simples appareils auditifs. Quelqu’un a dit: “Je suis bien ici, mais j’ai besoin de pouvoir parler avec quelqu’un de quelque  chose de sérieux. C’est ce que je ne trouve pas ici”. Un autre: “Nous sommes tous frères les uns des autres, mais en fait nous ne nous connaissons pas”. Un autre, encore, ne revit que lorsqu’on parle de ‘la mission’, car ce qui déborde du cœur.

Ouverture, communication et histoires de vie

Les trois points auxquels nous devons porter une attention parti- culière dans nos communautés sont: ouverture, communication et histoires de vie. Nous les considé- rons rapidement à tour de rôle. Ouverture à ce qui se passe dans le monde proche et lointain, de choses bonnes et moins bonnes. Mais également ouverture réci- proque, aux joies et peines d’un chacun, et à ce qui intéresse les autres.

Cette ouverture nous donne l’occasion d’en dire quelque chose entre nous (communication). Ça peut être grave, mais ce n’est pas toujours requis. En se parlant, on apprend à se connaître. La parole et la réponse créent de l'animation.

Enfin, les histoires de vie sont une façon idéale de laisser le passé et le présent se fondre. Aujourd’hui, beaucoup d’entre nous sont âgés et épuisés. Ce n’est là qu’une partie limitée de la vie d’une personne. La partie la plus importante se déroule dans le passé. Partant, pouvoir raconter celle-ci complète l’image de qui je suis réellement. C’est ainsi que je veux être connu en tant qu’être humain, dès aujourd’hui, et pas seulement lors de mes obsèques. On pourrait peut- être à l’occasion en parler entre nous.
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To live in a community

Living in community can be a blessing, or a hell; sometimes a purgatory. Community life leaves no one indifferent. But it can sometimes turn cold. That happens when the warmth disappears. And that rarely happens suddenly. Living in community is done from diversity. Everyone has his personal temperament and sensitivity, personal preferences and aversions. And this often provokes in the other person a reaction of sympathy, or antipathy, or nervousness. These feelings usually fall on us. We do not choose them ourselves. The question is then: what are we going to do with it? We certainly have the freedom to dispose of it.

Living together is not always easy. Nowhere. Not even in a model family, let alone in society. We live as brothers with one another. Godfried Bomans wrote: “Men are our brothers. But we sometimes get tired of this family.” That is true. We do not have the same af- finity with all our brothers. Moreover, as religious, we often have cultivated an ideal image of brotherhood. And if reality does not match with it, we react by criticizing. If this criticism is not heard and it is not immediately followed by a positive effect, we easily slip into our shell.

This shell is like a safe cocoon, where unrealized desires and unanswered feelings keep on boiling. If this happens often, and occurs in more than one person, and persists, the dynamic in a community becomes a downward spiral. This does not make anyone happy.

Itching powder

It sounds pretty negative. Fortunately, our communities are good communities. However, even communities which are initially good are not immune to latent infections. These begin with symptoms that are at first sight innocent: someone does not come to the table for a meal or does not take the potus anymore; another one locks himself up throughout the day in his room; at a table of four or six people, no one says a single word; two tables almost empty could easily have been made one; others are constantly absent without any notice. This is not a drama if it happens from time to time. In fact, there is no need to chat and talk all the time. I do not always have to “like” everything, and I can at times spend the whole day all alone with myself. And it is certainly acceptable for me to send everyone out for a walk, or send them to hell.

It would be only if these ‘sometimes’ become a ‘habit’ that one can wonder whether it really promotes the quality of our living together as a community. And if we let things happen like this, would that be the sole responsibility of the rector? Or, are we mutually responsible for each other?

To be responsible means to respond to the demand and expecta- tion of others to get together as a community.

Words like intimacy, privacy, freedom, and justice, are here valuable and precious concepts, unless they are invariably preceded by the inflexible adjective ‘my’. In this case, an answer becomes an anti-word. Thus, all communication is suppressed or stifled.

In fact, communication is precisely the reality around which everything gravitates when it comes to life in common. Good communities are those where confreres talk to each other. And that is more than just putting on hearing aids. Someone said, “I am fine here, but I would like to talk to somebody about something serious. That is exactly what I do not find here.” Another would say, “We are all brothers of each other, but in fact we do not know each other.” Another one would only live again when one speaks about ‘the mission’, because that is what overflows from the heart.

Openness, communication, and life stories

The following are three things that we need to pay special attention to in our communities: openness, communication, and life stories. We would like to consider them quickly one after the other. Openness to what is happening in the nearby and the faraway world, good and bad things. But also reciprocal, openness to the joys and the sorrows of each of us, and to what interests others.

This openness gives us the opportunity to say something between us (communication). It can be serious, but it is not always required. By talking to each other, we get to know each other. Speech and response create animation.

Lastly, life stories are an ideal way to let the past and present blend together. Today, many of us are old and exhausted. This is only a limited part of a person’s life. The most important part of our life is in the past. Therefore, being able to tell these stories completes the image of who I really am. This is how I would like to be known as a human being; starting today, and not only during my funeral. Perhaps, we could now and then talk about it to one another.



 
Read 1907 times Last modified on Friday, 18 December 2020 09:12

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