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    Audace missionnaire ou problème de santé mentale?

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    Meil Udiel Francisco

    Jean Kanyinda, cicm
    Missionnaire en RD Congo

     

     

    Sans l’ombre d’un doute, la question du manque d’“ audace missionnaire ” éveille une vive pré-occupation dans les engagements missionnaires que nous prenons.

    Il convient de savoir que l’audace missionnaire demeure au cœur de notre vocation CICM : elle a droit de cité dans nos documents et discours concernant l’animation missionnaire. Et, si elle peut avoir un sens, on doit la comprendre dans sa signification la plus profonde et la plus accomplie. Il y a l’ « audace missionnaire » dans le sens strict du terme, lorsqu’il y a engagement, lorsqu’il y a passion et amour de la congrégation, lorsqu’il y a foi en Dieu. Car, croire, c’est vivre avec audace et vouloir que les autres vivent aussi au nom de l’amour de Dieu.

    Si l’on néglige cet aspect de notre identité, il est évident que nos engagements seront moins convaincants. Lorsqu’on voit une Mère Teresa se pencher sur la misère humaine, celle des abandonnés comme celle des mourants ; lorsqu’on apprend que notre fondateur, Théophile Verbist, s’était, lui aussi, penché sur le sort des pauvres enfants en Chine ; lorsqu’on sait la passion avec laquelle certains confrères se dévouent corps et âme et gratuitement pour la cause des marginalisés ; on ne peut s’empêcher de se remettre continuellement en question afin de donner le meilleur de nous-même, c’est-à-dire nous rendre capables d’audace missionnaire.

    L’audace missionnaire s’avère donc comme un élan de l’Esprit de Dieu qui nous permet aussi de partager notre foi et, en même temps, d’entrer en communion avec lui de façon originale. Dieu ne peut venir que dans un cœur qui le désire. La flamme du désir brûle-t-elle alors en nos cœurs comme ce fut le jour de notre consécration religieuse ? Cette question mérite en tout cas d’être posée. Aussi, l’audace missionnaire prend l’amour de Dieu comme point de départ. Mais, peut-on prétendre pour cela qu’elle est définie avec toute la précision désirable ?

    Lorsqu’on joint à la vie missionnaire, le mot ‘audace’, cela a certainement besoin de quelques éclaircissements. Car en évitant de l’ajouter, on pourrait croire à une démission, soit à de la lâcheté. Ainsi, ai-je formulé le titre de cet article pour pouvoir rendre compte de nos engagements dits ‘missionnaires.’ Avec ces précisions, on peut aller de l’avant et se demander ce que peut signifier, en théorie et en fait, l’audace missionnaire.


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    Tout d’abord, parler d’audace missionnaire s’avère en soi audacieux puisque l’audace missionnaire est un don qui est reçu de Dieu et compris seulement dans la foi, et elle pourrait probablement paraître comme folie dans une société́ normale ; mais une folie capable de dire une vérité au sujet de Dieu. D’où, le problème de la santé mentale : le fou étant généralement audacieux. Dans un raccourci de langage, une petite parenthèse s’impose. L’audace s’inscrit quelque peu dans l’univers de la folie. Il convient aussi de savoir que le mot ‘fou’ vient du latin follis, utilisé pour désigner un ballon gonflé, qui va d’un côté à l’autre, poussé par le vent. Par extension on peut dire avec ironie que le fou se comporte exactement de cette manière. Cela explique aussi la légèreté́ du fou et de ce par quoi il est animé́.

    Cette attitude peut se traduire de bien des façons pour nous religieux missionnaires. Certains peuvent se considérer comme le centre du monde. Dans ce cas, on les voit parler autant d’eux-mêmes et de leurs misères à longueur de journée, partout et sans arrêt, comme le ferait un enfant qui aime être le centre de toute l’attention de la famille. D’autres, par contre, peuvent essayer de combler leurs besoins oraux, entre autres, manger sans cesse et boire de l’alcool comme si c’était une découverte, une situation avec effets envahissants qu’il sera difficile d’évaluer. D’autres encore peuvent sombrer dans un surmenage effréné́ et la dépression (nervous breakdown). D’autres, enfin, chercheront à fuir l’angoisse et la désolation pour se réfugier dans les plaisirs et les abus sexuels sous des formes variées, oubliant par la même occasion leur consécration au Seigneur.

    Il faut reconnaitre que toutes ces attitudes régressives et malsaines guettent chacun de nous à des degrés divers. Elles peuvent aussi être des signes avant-coureurs d’un cataclysme d’une tout autre ampleur. Voilà̀ pourquoi le 16ème Chapitre général alerte et en appelle à la nécessité de la formation permanente :

    « L’évangélisation est confrontée à des défis nouveaux et est devenue particulièrement complexe en certaines régions du monde. Elle exige des efforts accrus de la part des acteurs sur le terrain, qui sont sollicités parfois au-delà de leurs forces, d’où la multiplication de cas de stress, d’épuisements et de suicides. Le missionnaire religieux d’aujourd’hui doit être une personne motivée, pleinement intégrée et mûre, prête à se convertir et à se renouveler constamment. La formation permanente est devenue une nécessité vitale pour se ressourcer, se remettre en question et s’actualiser » (Actes du 16ème Chapitre général, p. 38).

    En second lieu, de tous temps, on a parlé́ d’audace avec un certain dédain, puisque comprise dans son sens négatif comme une attitude de quelqu’un qui méprise les limites imposées par les convenances sociales. Pour cette raison, l’idée d’audace fait peur et intrigue : elle a mauvaise presse. C’est pourquoi, un homme audacieux est, jusqu’à preuve du contraire, un homme jugé insolent, impoli et impertinent ; un homme qui ne respecte aucune barrière. C’est aussi un homme qui dérange les esprits paisibles. Un homme qui met en question la précarité de situations jugées normales pour beaucoup de gens. Il peut, par exemple, interrompre quelqu’un en train de parler, ou soit parler au même moment que lui, proférer des insultes et des médisances sans aucune gêne. Pareil homme s’octroie la liberté́ de dire n’importe quoi, n’importe quand et à n’importe qui, sans filtres, ni remord, ni considération. Ce sens d’audace caractérise parfaitement les personnes souffrant de symptômes anxieux et dépressifs, ou de troubles comportementaux. Bref, dire « audacieux », c’est dire : brut, grossier, impertinent. L’audace missionnaire, sans la vision de foi, est comme une folie et un non-sens.


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    A l’inverse, dans son sens positif, un homme audacieux, c’est plutôt un homme doté du courage illimité d’oser. C’est un homme téméraire, déterminé, avec un sens d’héroïsme très élevé́. Perçu comme tel, il pourrait être un portrait contrasté du fou dont tout échappe au contrôle de la raison et du bon sens. C’est aussi un homme qui affronte des situations présumées difficiles et dangereuses, au mépris de sa vie. C’est un homme de courage reconnu.

    D’un certain point de vue, et non sans paradoxe, l’audace missionnaire est de cet ordre. Comme telle, elle se veut la vertu de celui qui veut agir sans que rien, ni personne ne l’en empêche. Elle se traduit par le fait d’avoir ou de pouvoir plus, soit par le courage d’oser faire les choses, de savoir connaitre, ou même de savoir créer du neuf. Cette description, ne nous permet pas d’oublier le sens primordial de l’audace. A la base de cette définition, il y a l’idée que l’audace missionnaire se composerait de beaucoup de vérités particulières qu’il faudrait ajouter à l’élan de l’Esprit de Dieu.

    Il nous faut tout de même souligner, après ce bref éclairage sémantique, que les deux sens du terme ‘audace’ se complètent d’une certaine manière. Cela veut dire, lorsque nous parlons de l’audace missionnaire, il faut absolument faire de ces deux sens un concert où la mélodie de l’un vient enrichir celle de l’autre pour créer une symphonie, au nom de l’amour de Dieu et de la mission. Celui qui veut donner du sens à tel ou tel autre engagement, doit d’abord apprendre à compter sur la grâce de Dieu dans la prière. Car, notre vocation missionnaire est le fruit de la grâce de Dieu. Le 16ème Chapitre général de juin 2023 rappelle et insiste avec justesse sur l’importance de notre communion avec Dieu par la prière : « Nous ne sommes pas de simples agents de développement ou des travailleurs sociaux. Chacun devrait être convaincu que sa condition de missionnaire religieux ne peut faire l’impasse sur la prière. Cela touche à la discipline personnelle. Le sérieux avec lequel nous prenons soin de notre vie spirituelle est un gage du sérieux de notre engagement missionnaire » (Actes du 16ème Chapitre général, p. 40). La vie missionnaire ne se réduit pas à la prière, bien sûr. Mais celle-ci n’en est pas moins une part importante.

    A la lumière de tout ce qui précède, je voudrais partager l’expérience d’un cas de santé mentale représentatif de ce qu’est l’audace. Ici à Kananga, les Frères de la Charité́ sont connus pour leur apostolat dans le domaine de la santé mentale. Ils entretiennent, à cet effet, un centre dénommé « Jukayi ». Dans le temps, il existait un plus grand centre pour les malades mentaux en dehors de la ville qu’ils ont dû fermer par manque de moyens financiers. Le centre Jukayi, bien que petit, répond tout de même favorablement aux besoins primordiaux de prise en charge de ces malades. C’est l’unique centre d’ailleurs dans la région qui s’occupe de la santé mentale. Malgré les maigres moyens, les Frères s’efforcent de mille et une façons de rendre le séjour des pensionnaires du centre aussi agréable que possible.

    J’ai fait la connaissance d’un des pensionnaires du centre, Célestin Mutshipayi, appelé communément ‘Mutshipo’, un malade mental d’une certaine notoriété́. Célestin était un homme instruit, mais vulgaire. Il a fait le parcours de formation au séminaire. Chrétien Catholique convaincu, mais malade. Célestin pouvait être à la fois réfléchi et violent. Il connaissait par cœur l’histoire de l’Église au Kasaï et les noms de certains pasteurs de sa génération. Il connaissait les missionnaires Scheutistes belges et africains qui ont œuvré au Kasaï, leurs défauts ainsi que leurs qualités. On raconte qu’un jour, alors qu’il était en crise, il s’est improvisé conducteur de train à la gare pendant que le personnel était en pause, et a tiré des wagons jusqu’à une certaine distance avant d’être arrêté de justesse. A travers son histoire, il est clair qu’il aurait toujours voulu faire face à n’importe quelle situation et prendre les décisions qui s’imposent.


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    Dans la cour de la Maison provinciale, que de fois on a dû le séparer dans une bataille acharnée contre des policiers de garde. Malgré́ cela, Célestin continuait à être présent à nos manifestations, même s’il n’y était pas invité. Chez nous, Il se trouvait sur un terrain conquis. Il me connaissait et avait facilement accès à mon bureau. Il avait accès au living de la communauté́ où il se servait lui-même de bière aux heures de la sieste alors que les résidents étaient en chambre. A nos fêtes, il pouvait prendre place à la table d’honneur pour avoir accès au repas. Et personne n’avait le droit de le lui refuser, au risque de se faire insulter copieusement. Il jouissait pleinement de sa liberté d’expression. Malheureusement, lors de la dernière saison sèche, sa maladie a pris des allures irréversibles et il est décédé après avoir été tamponné par un véhicule. Une triste fin.

    Émerveillé par sa liberté d’esprit, le Frère médecin qui soignait Célestin me fit remarquer un jour quelque chose qui m’intrigua, raison pour laquelle j’ai voulu partager cette expérience. Il disait : nous sommes tous des fous, car d’une façon ou de l’autre, il y a en chacun de nous la présence de germes relatifs aux troubles mentaux. Mais, chez la plupart d’entre nous, ces germes n’atteignent pas le seuil critique pour qu’un diagnostic psychiatrique soit posé. Leur intensité́ est donc faible et passagère.

    Par cette remarque, nous pouvons donc nous imaginer divers grades d’intensité́ que peut connaitre la folie dans une congrégation missionnaire comme la nôtre ! Cela peut paraître banal et étonnant. Pourtant, les modes et l’intensité́ de la folie varient d’une personne à l’autre et peuvent également varier au cours de la même vie humaine au gré́ des circonstances. Il est donc évident que le fou vit de telle sorte que rien ne peut lui résister, même les animaux et les objets. Il jouit donc d’une liberté infinie, obstinée, mais arbitraire ; une liberté́ qui regimbe devant tout, réfutant toute idée d’ordre, d’autorité et de discipline.

    Dans les Actes des Apôtres on raconte la descente de l’Esprit Saint le jour de la Pentecôte comme un moment de grand chaos où chacun s’exprimait dans sa langue ! Bien plus, Luc, l’auteur du livre, emprunte certaines images pour décrire la force de cette expérience. L’Esprit vint, écrit-il, comme un violent coup de vent, et comme des langues de feu descendant sur chacun. Les disciples sont transformés. Après la débâcle du vendredi saint, ils devinrent subitement audacieux, ils sortirent du ghetto de la peur et commencèrent à parler. Ils eurent l’audace de parler sans craindre qui que ce soit, de crier fort que Jésus était ressuscité, allant en tous lieux, proclamant sans peur sur le parvis du Temple, sur les places publiques, à l’intérieur des maisons privées, etc.

    Après l’expérience de la Pentecôte, des gens nombreux entrèrent en contact avec les Apôtres déconcertés et émerveillés, à la vue de ce qu’ils étaient devenus, au point que certaines personnes ironisaient en disant qu’ils étaient pleins de vin doux, donc ivres, dira-t-on ! Ils avaient eu l’audace de proclamer haut et fort le Ressuscité. Ils avaient soif de partager et de témoigner devant tout le monde, non pas seulement aux juifs, qu’Il était vivant : une vraie expérience de conversion et de foi. Ainsi Saint Paul dira dans sa première lettre aux Corinthiens (1 Co 4 :10) : « Nous sommes fous à cause du Christ. » Ils ont témoigné́ sans relâche, avec audace et liberté au milieu des vicissitudes et contradictions rencontrées dans leur mission, au milieu d’une variété́ bouleversante d’épreuves, dans un mélange de foi et de folie. C’est cela, en fait, l’audace missionnaire.

    Enfin, tout en reconnaissant que l’audace missionnaire est le fruit de la grâce de Dieu elle est également une vertu et une disposition intérieure qui dépend en partie de notre sens de créativité. Néanmoins, c’est une démarche à reprendre sans cesse dans notre vocation. J’ai vu une jour une affiche dont le message, un peu simpliste peut-être, me semblait contenir une certaine vérité profonde en ce qui concerne le sens de la créativité :

    « Si Dieu te donne des citrons, fais-en une limonade. » Il faut reconnaitre cependant que la grâce de Dieu produit toujours ses effets d’une façon imprévue et étonnante. Nous devons donc être les premiers à être remis en question par l’annonce de l’Évangile que nous propageons au nom de Dieu. L’audace missionnaire est et restera toujours notre préoccupation. Nous pourrions tout aussi bien la présenter, non pas seulement comme une vertu et un élan, mais aussi comme une force intérieure qui nous motive à exprimer l’amour que nous avons pour Dieu à travers nos multiples engagements missionnaires.


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    C'était une thérapie profonde pour mon corps et mon âme

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    Meil Udiel Francisco

    Meil Udiel Francisco, cicm

     

    La Communauté Catholique Maranatha est un foyer pour les personnes cherchant à être sevrées de diverses formes d'addiction, notamment les dépendances chimiques (la cocaïne, le crack, l'alcool, les cigarettes et la marijuana), le jeu, et bien plus encore. Le soutien et le dévouement de M. José Martins Cipriano, fondateur de Maranatha en 1995 à Rio de Janeiro, ont été véritablement inspirants. Son engagement dans le Mouvement du Renouveau Charismatique au sein de l'Église catholique l'a motivé à créer un centre de réhabilitation qui offre à la fois la guérison physique et spirituelle pour les troubles de la dépendance pour lesquels la science n'a pas encore trouvé de remède efficace et définitif.

    Au cours de mes trente-deux jours d'expérience missionnaire à la Communauté catholique Maranatha à Rio de Janeiro, au Brésil, j'ai reçu de nombreuses leçons précieuses qu'il est difficile de partager avec des mots. L'intensité de l'expérience a été d’autant plus grande du fait d'être le seul Philippin parmi près d'une centaine de Brésiliens issus de différentes régions, chacun avec sa personnalité, ses attitudes, ses défis et ses rêves uniques. J'ai ressenti de la peur et de l'anxiété, principalement parce que je ne pouvais pas facilement partager ce vécu à ma famille et à mes paroissiens. J'ai aussi ressenti des inconforts physiques, notamment des douleurs corporelles, des douleurs à l'estomac, un mal de gorge et de la toux. Malgré ces défis, je n'ai jamais envisagé d'abandonner. Mon désir de mieux connaître les patients maintenait la motivation. Je crois que cette expérience intense m'a mieux préparé à ma vie missionnaire à venir.

    J'ai également participé à une retraite Maranatha pour hommes du 29 au 31 août 2025, qui avait comme thème le texte biblique de 1 Corinthiens 16 : 9 :

    « Une grande porte s'est ouverte. » Ce thème reflétait la mission de la communauté en tant que famille accueillante. Une maison fermait, mais deux nouvelles allaient ouvrir. Le bonheur de ce ministère m'a poussé à danser, a ouvert ma bouche pour chanter et a élevé mon esprit pour prier.

    Au cours des sessions, des intervenants guéris de l'addiction ont partagé leurs témoignages personnels et leur réflexions bibliques. Leurs histoires illustraient comment leur passé avait façonné leur présent et mis en lumière la manière dont leurs familles les accueillaient. Le partage de Frère A sur La Parabole du Fils Perdu (Luc 15 : 11–32) a réaffirmé mon identité d'enfant de Dieu, me rappelant que je cherche parfois un bonheur temporaire dans les richesses du monde. Face à des problèmes hors de contrôle, la seule solution est de retourner vers Dieu et de chercher la réconciliation avec nos familles : « Père, j'ai péché contre Dieu et contre toi. Je ne mérite plus d'être appelé ton fils. »  (Luc 15 : 18-19). La famille est tout ; Il y a toujours quelqu'un prêt à ouvrir la porte et à nous accueillir à bras ouverts.

    Le témoignage du frère B, basé sur Ésaïe 62, parlait du Messie que nous attendons — celui qui apporte la Bonne Nouvelle, guérit les cœurs affligés et nous libère du péché. Jésus de Nazareth incarne le Messie vivant — passé, présent et futur — offrant continuellement le salut éternel. Il est né pour nous montrer l'image de Dieu sur terre, et Sa mort cruelle a révélé la situation de l'humanité devant Dieu au ciel. Frère B a confronté tout le monde dans la salle avec des mots et des gestes forts — une manière culturelle de s'adresser aux hommes lors des retraites au Brésil. Au début, cela a été un choc culturel pour moi, mais j'ai compris que cela mettait en avant notre pouvoir de changer notre passé. Chaque rechute dans l'addiction fait souffrir à nouveau Jésus ; nous Le crucifions à nouveau, car la douleur de la dépendance affecte les familles encore plus profondément que l'individu dépendant.

    La réflexion de frère C, tirée de l'Ecclésiastique (Sirach 3 : 29–35) « Honorer son père et sa mère c’est rendre honneur à Dieu », nous a rappelé que chaque histoire - positive ou négative – a ses racines dans les générations antérieures : nos parents, grands-parents et arrière-grands-parents. Notre mission aujourd'hui est de prier et d'arrêter la « maladie » de l'addiction qui a blessé ces nombreuses familles que nous soutenons ici à Maranatha. J'ai pleuré sincèrement, comme un enfant, alors que certains représentaient symboliquement mon père et ma mère. Les mots « Pardonne-moi ! Tu me manques ! » coulait de mon cœur, accompagné de larmes. Je ne sais pas combien de temps j'ai pleuré, mais c'était une thérapie profonde pour mon corps et mon âme.

    Je suis engagé dans différentes expériences qui accomplissent ma vocation missionnaire — pour l'Église et pour ma famille. Les Évangiles synoptiques (Matthieu 19 : 29 ; Marc 10:29–30 ; Luc 18:29–30) affirment que ceux qui quittent leur famille, leur foyer et leurs biens pour l'amour de Dieu et de l'Évangile seront abondamment bénis et hériteront de la vie éternelle.

    Trois spiritualités vivantes de la communauté catholique Maranatha

    D'après mon expérience, trois piliers spirituels soutiennent profondément le processus de traitement à Maranatha :

    1. Aider et être aidé

    Cette spiritualité est inspirée par Sainte Thérèse de Calcutta, la première sainte patronne de notre communauté, qui incarnait la véritable charité en servant chacun sans distinction. La Maison Maranatha est toujours ouverte pour accueillir ceux qui en ont besoin. Chaque personne a une valeur intrinsèque et une responsabilité vitale envers les autres, car nous vivons ensemble en tant que pères, mères, frères et sœurs dans le même foyer. Je tiens à exprimer mon profond respect et ma gratitude à tous les bénévoles professionnels qui consacrent leur temps, leurs talents, et parfois même leurs ressources, pour servir notre communauté.


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    2. La Prière comme pouvoir de guérison

    La prière est au cœur de notre traitement, car Dieu est plus grand que toutes choses et nous donne la force de surmonter l'addiction. Par l'intercession de saint François d'Assise, notre deuxième saint patron, nous apprenons à vivre l'Évangile et à apprécier la beauté de la création. Les singes et les oiseaux colorés qui vivent un peu partout à Rio de Janeiro nous rappellent la joie de Dieu. La Sainte Messe est la source de toute grâce. Nos défenses les plus fortes contre le mal incluent le groupe de prière, la dévotion mariale, le Chapelet de la Divine Miséricorde, la prière à saint Michel Archange et l'adoration eucharistique. Je suis profondément reconnaissant envers tous les prêtres qui célèbrent l'Eucharistie, écoutent nos histoires et offrent le pardon dans le sacrement de la réconciliation.

    3. Vivre neuf mois dans la maison

    Passer neuf mois dans le centre de réhabilitation symbolise la grossesse d'une femme, sous la protection de la Bienheureuse Vierge Marie et à « Maranatha » qui signifie « Viens, Seigneur Jésus. » Bien que neuf mois peuvent sembler courts, pour ceux qui suivent un traitement, cela représente un parcours long et transformateur — surtout pour les personnes dont les addictions ont commencé dans l'enfance. Les schémas familiaux sont souvent profonds et doivent être pris en compte et guéris au cours de ce processus.

    Alors que nous célébrons l'Année de l'Espérance dans notre Église, aspirons à être des signes d'espérance pour les autres. La spiritualité de la présence a un impact positif — elle montre qu'on peut avoir confiance en quelqu'un pour écouter, partager ses peines et accepter l’autre tel qu'il est.

    Mon expérience unique au Centre de Réhabilitation de la Communauté Catholique Maranatha est maintenant terminée, me laissant avec un mélange d'émotions. En tant que compagnon spirituel, je continuerai à prier pour chacun et à attendre son retour chez lui auprès de sa famille.


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    Courir pour attraper le train, et apprendre à s'arrêter

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    Ferdinand Marcos

    Ferdinand Marcos, cicm

     

    « 止まれ ! » —Arrête ! 

    止まれ (Tomare) est l'un des signes les plus reconnaissables au Japon. Sa signification littérale est simple : arrêtez immédiatement. On peut le voir à presque chaque coin de rue, ordonnant aux conducteurs et aux piétons de s'arrêter pour des raisons de sécurité.

    Cependant, ce mot ne se limite pas à un simple panneau de signalisation. « 止まれ ! » dégage un sentiment d'urgence et de discipline. Cela exige attention, vigilance et prudence. C'est ferme mais pas implacable : cela nous rappelle qu'avancer sans faire de halte peut avoir des conséquences graves.

    Pour moi, l'idée de « Tomare » apparaît ainsi aussi dans les petites routines quotidiennes de la vie. Dans l'école de langues que je fréquente, les cours se terminent à 13h10. À 13h05, je prépare déjà mon sac, ainsi quand l'horloge sonne à 13h10, je peux partir en vitesse. Mes camarades plaisantent souvent en me voyant toujours pressé. Je réponds en plaisantant : « Parce que je vis à Himeji. Je dois attraper mon train! » Et c'est vrai ; presque tous les jours, je dois courir pour attraper le train de 13h30.


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    Un après-midi, cependant, le monde entier sembla s’allier pour mettre ma patience à l'épreuve. Notre Sensei (professeur) nous a libérés en retard, alors Nicolas et moi avons dû courir vers la gare. Au premier passage, le feu est devenu rouge, et nous avons attendu avec anxiété. « Ça ira quand même. On peut y arriver », nous disions-nous. Mais au passage suivant, la même chose s'est produite. Le temps filait, et nous courions de plus en plus vite.

    Enfin, nous avons sauté sur le quai, essoufflés, et avons réussi à monter juste au moment où les portes du train se refermaient. Soulagés, nous nous sommes effondrés sur nos sièges. Je prends généralement cette balade d'une heure comme une sieste, laissant mon cerveau épuisé récupérer des suites du cours intense. Alors, je me suis laissé tomber.

    À mi-chemin de mon sommeil, Nicolas m'a secoué. « Il y a un problème. Ces stations me semblent inconnues. » Il avait raison. Nous étions dans le mauvais train. Immédiatement, je me suis bien réveillé. Notre trajet habituel dure un peu plus d'une heure, mais près de deux heures s'étaient déjà écoulées, et Himeji était introuvable. La panique est montée car, à cette époque, notre connaissance du japonais était encore si mauvaise que nous pouvions à peine lire les panneaux. Par miracle (et en faisant quelques suppositions au hasard), nous sommes descendus à une gare, où nous avons changé de train, et avons pu rentrer sains et saufs à Himeji.

    Avec le recul, cela a ressemblé à un mini-pèlerinage, mais avec plus de sueur et de confusion que de sainteté. Ce jour-là, « Tomare » a pris un nouveau sens pour moi. Parfois, la vie nous oblige à nous arrêter — pas seulement aux feux rouges, mais aussi dans nos habitudes et routines.


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    Une année au Japon m'a changé, surtout dans ma façon d'accorder de la valeur au temps. Aux Philippines, j'étais presque toujours en retard. Mes formateurs me réprimandaient souvent parce que je manquais la prière du matin, parce que je ne pouvais pas me lever tôt. Même au réveil, je prenais quelques minutes de plus allongé dans mon lit, me convainquant que j'avais besoin d'une « préparation intérieure ». Avant même de m'en rendre compte, j'avais déjà dix minutes de retard.

    Mais ici au Japon, j'ai dû laisser cette attitude de côté. Jusqu'à présent, je n'ai pas été en retard, pas une seule fois. Mes formateurs chez moi peuvent être fiers. Enfin, j'ai suivi leurs conseils (en riant aux éclats). Au début, il était difficile de suivre le rythme de vie japonais, mais j'ai dû m'adapter. Ici, le temps vaut autant que l'eau que nous buvons.

    La vie au Japon n'a pas seulement consisté en l'apprentissage de la langue ou de prendre des trains ; Il a fallu aussi m'adapter à une culture à la fois belle et, parfois, stimulante. En tant que personne qui a naturellement du mal à engager des conversations, j'ai vite compris que se faire des amis ici ne serait pas facile. Les Japonais sont généralement gentils et polis, mais ils ne font généralement pas non plus le premier pas. Combiné à la barrière de la langue, cela a rendu mes débuts solitaires et calmes.

    Mais je me le rappelle sans cesse : ce n'est pas grave. L'amitié, tout comme l'apprentissage des langues, est un processus. Je n'ai qu'à être patient.

    La vie missionnaire ici a aussi son lot d'épreuves. Au Japon, les catholiques sont une petite minorité. Parfois, on a l'impression que nous ne sommes que quelques voix dans une foule immense. Mais c'est précisément pour cela que la mission est si importante : tendre la main, écouter et marcher aux côtés des gens, même s'ils ne partagent pas notre foi. Il ne s'agit pas de chiffres ; Il s'agit de présence.

    Et donc, je continue d'apprendre chaque jour. Courir quand je dois, mais aussi m'arrêter quand j'en ai besoin. Valoriser le temps, mais aussi en donner. M'adapter à une culture qui n'est pas la mienne tout en partageant l'amour qui m'a amené ici.

    Chaque fois que je me sens dépassé ou trop absorbé par les exigences de la vie, je reviens au mot « Tomare ». S’arrêter. Pause. Respirer. Au final, « Tomare » n'est plus seulement un panneau rouge que je vois dans les rues japonaises. C'est le petit rappel de Dieu pour moi — parfois de ralentir, parfois de regarder autour de moi, et parfois de rire de moi-même quand je me retrouve encore dans le mauvais train.


    Pèlerin de la grâce : Découvrir Dieu dans le voyage

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    Angelino Yakobus Tuas

    Angelino Yakobus Tuas, cicm

     

    Parfois, les parcours les plus significatifs de la vie commencent lorsque nous sommes le moins préparés. Ils nous mènent dans des situations inconnues qui mettent à l'épreuve notre courage et notre foi. En réfléchissant à mon propre parcours, je vois à quel point cela a été vrai pour moi, et comment Dieu continue de me surprendre par des expériences inattendues.

    Lorsque je suis arrivé aux Philippines après avoir terminé mes études de philosophie, j'étais à la fois rempli d'excitation et d'incertitude quant à ce qui m'attendait. En descendant de l'avion le 25 juin 2023, j'ai été frappé par l'air humide et un environnement inconnu, et je n'ai pas pu m'empêcher de me demander : « Suis-je prêt pour ça ? » Avec mes camarades d'Indonésie, j'ai été envoyé directement au Noviciat, en sautant le programme habituel d'apprentissage de l’anglais. Cela m'a rendu anxieux et sceptique quant à ma capacité à suivre le programme, surtout que je ne parlais pas encore couramment l’anglais. Cependant, j'ai progressivement compris que de tels sentiments sont normaux face à quelque chose de nouveau. Bien que l'adaptation n'ait pas été facile, j'ai commencé à reconnaître comment Dieu me guidait doucement à travers mes peurs.

    Alors que je commençais mon parcours au Noviciat, mon anxiété initiale s'est lentement transformée en une période de découverte profonde. L'année du Noviciat est devenue une expérience profondément transformatrice, me permettant de mieux me comprendre et de clarifier ma vocation. Ce fut un temps de croissance spirituelle et de discernement vocationnel, qui me préparait à l'engagement total envers Dieu qui s'exprimerait plus tard à travers ma consécration publique. Vivre dans une communauté multiculturelle m'a d'abord mis au défi, mais cela a aussi révélé la beauté de la fraternité, le soin des autres et l'apprentissage de nos différences. À travers cette expérience, j'ai pris conscience de la richesse de la vie communautaire et de la façon dont elle nous façonne. Je savais que les différences existeraient toujours, mais lorsqu'elles sont abordées avec compréhension et compassion, elles peuvent être accueillies avec joie comme faisant partie de notre vie commune en Christ.

    Avec le temps, j'ai découvert que la spiritualité que j'avais développée au Noviciat était devenue une base solide pour ma vie religieuse. Étudier et méditer les Constitutions de la Congrégation ont approfondi ma compréhension de son esprit et de son charisme, permettant de les enraciner dans mon cœur. J’ai fini par voir que cette croissance n'était pas uniquement le résultat de mes efforts, mais plutôt la grâce de Dieu qui agissait à travers la guidance de mon cher Directeur des Novices et de son Socius. Leur patience, leur sagesse et leur exemple m'ont aidé à apprécier la beauté de la vie religieuse et missionnaire ainsi que le sens même d’une vie entièrement donnée à Dieu. Avec le recul, je réalise que mon année de noviciat s’est écoulée rapidement, mais m’a rempli de grâces et de bénédictions qui continuent de façonner mon cœur. Les paroles des Écritures qui m'ont profondément touché, « Déposez toutes vos inquiétudes en Lui, puisqu'Il prend soin de vous. » (1 Pierre 5:7), sont véritablement devenues une réalité dans ma vie et continuent de renforcer ma foi. Au final, mon parcours me rappelle que les plans de Dieu se déroulent souvent de la manière la plus inattendue.

    De l'incertitude lors de mon arrivée aux Philippines à l'achèvement du Noviciat rempli de grâces, j'ai appris à faire plus confiance en Sa providence. Avec gratitude et foi, je regarde désormais vers l'avenir avec espoir, prêt à embrasser le prochain chapitre de mon parcours avec la même confiance qui m'a guidée jusqu'ici.


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    Alors que j'avance vers la prochaine étape de ma formation, poursuivant mes études théologiques, je vois cette nouvelle étape non seulement comme une activité académique, mais comme la continuation de mon développement spirituel, intellectuel et pastoral. La théologie ouvre à la fois mon esprit et mon cœur à une compréhension plus profonde de Dieu, de l'Église et de la mission à laquelle je suis appelé. Chaque matière que j'étudie me prépare à mettre en pratique, ce que j’apprends, dans le futur service pastoral et missionnaire. Dès le début, j'ai eu l'opportunité d’exercer un apostolat chaque week-end, en m'impliquant directement dans des activités paroissiales. Bien que cette expérience ait été enrichissante, elle m’a aussi fait découvrir de nouveaux défis. Dans une première paroisse, j'ai vécu avec une famille, une expérience qui m'a apporté à la fois beaucoup de joie et de nouveaux apprentissages. Communiquer avec eux m'a obligé à apprendre le tagalog, leur langue principale, ce qui a été difficile au début. Cependant, cela est devenu pour moi une invitation à grandir, me motivant à apprendre afin que nous puissions vraiment nous comprendre. Grâce à cette rencontre, j'ai compris qu’en me laissant façonner par cette situation, je pourrais y découvrir un sens encore plus profond.

    En réfléchissant à mon parcours jusqu'à présent, je reconnais que chaque pas, chaque défi et chaque joie ont fait partie du plan d’amour de Dieu pour moi. J'ai appris que la foi ne consiste pas à avoir réponse à tout, mais à faire confiance à Dieu — même lorsque le chemin n’est pas clair. Comme les disciples qui ont tout quitté pour suivre Jésus, je suis appelé chaque jour à dire « oui » à Son invitation. Ce parcours m'a appris à compter sur la grâce de Dieu plutôt que sur mes propres forces, et à me rappeler que Son amour ne manquera jamais. Je tiens près de moi les paroles de Jésus : « N'ayez pas peur, car je suis toujours avec vous. » (Matthieu 28 :20).


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