
Flavien U. Bouambe, cicm
« La Formation CICM pour la mission dans un monde en mutation ». Tel est le thème qui a guidé les travaux de la 5e édition de la session pour les Formateurs au sujet de la Formation Initiale en CICM, à laquelle j’ai eu le privilège de participer du 03 au 16 aout 2025 au Centre Théophile Verbist de Mbudi à Kinshasa, en République Démocratique du Congo, sous la supervision du Gouvernement Général CICM.
Venus des quatre coins du monde, notamment d’Afrique, des Amériques, d’Asie et d’Europe, 23 formateurs œuvrant dans dix Maisons de Formation de la Congrégation ont passé presque trois semaines d’intenses activités en priant, en méditant et en réfléchissant au sujet de la Formation Initiale en CICM. Cette session a été avant tout un temps de grâce, de ressourcement et de renouvellement intérieur. Avec l’aide du modérateur, notre confrère, Mgr. Faustin Ambassa, archevêque de Garoua, les intervenants ont abordé la Formation dans le contexte actuel avec différentes approches : la Spiritualité et la Mission, les Fondements de la formation selon les documents de l’Eglise et de la Congrégation, et le rôle de la Psychologie dans la Formation Initiale. Le présent article se propose de dégager le message essentiel issu de ces approches.
Spiritualité et Mission
La Messe d’ouverture, présidée par le Supérieur Général, le Père Charles Phukuta, et la recollection prêchée par notre confrère Mgr. Edouard Tsimba, évêque auxiliaire de Kinshasa, à l’aide du thème : « Formateurs, Brebis et Bergers », ont posé les bases indispensables pour la suite des travaux. S’inspirant de l’image du Christ Bon Berger, le prédicateur nous a dans un premier temps rappelé la mission du formateur auprès de ceux qui sont formés, qui est celle de prendre soin de ceux-ci. Cette mission est d’abord une mission de présence, car le Seigneur Jésus dit : « Moi, je connais mes brebis ». La connaissance dont parle le Christ est une connaissance profonde, c’est-à-dire, connaitre les joies et les peines des jeunes en formation. Tout ceci n’est possible que si l’on est présent au milieu d’eux et qu’on vit avec eux en frères. Ensuite, le formateur est aussi appelé à être une bonne brebis, car la brebis écoute la voix de son pasteur. En écoutant Jésus, le Bon Berger, le formateur écoute aussi les jeunes qui lui sont confiés. L’écoute est un signe d’humilité et ouvre à la sagesse. Enfin, pour que cette mission se réalise, il faut que le formateur soit aussi un homme de prière, la prière étant « l’oxygène de notre foi et la clé qui ouvre le cœur de Dieu ».
La Congrégation étant missionnaire, la formation initiale est orientée vers la Mission. L’approche missiologique a été faite par le Professeur-abbé Léonard Santedi prêtre de l’archidiocèse de Kinshasa. Présentant la Mission actuelle dans un contexte de globalisation, ses défis et perspectives, il a souligné que, la Mission est l’identité et la nature même de l’Eglise. L’Eglise existe pour la mission. L’activité missionnaire de l’Eglise prend en compte les défis du monde actuel, car elle ne saurait faire abstraction des situations concrètes du monde. Annoncer la Bonne Nouvelle du salut revient à apporter des réponses aux questions des hommes et femmes de notre temps. A cet effet, quelques défis ont été identifiés : le défi du rapport foi et culture, celui du service à l’humanité ou de la promotion humaine, et le défi de la Mission et la globalisation. S’agissant des perspectives ou chantiers de l’engagement missionnaire, l’Eglise est invitée à promouvoir la mission prophétique, qui consiste à annoncer, dénoncer et renoncer ; ensuite, la mission sapientielle, qui est celle d’écouter la voie de la sagesse et enfin, la mission poétique, celle de susciter la nouveauté, créer et façonner quelque chose de beau à partir du réel. Il s’agit de faire advenir la nouveauté de Dieu au cœur du monde. Les formateurs devront être attentifs au contexte dans lequel s’exerce la Mission aujourd’hui et à s’ouvrir à l’amour de Dieu qui transforme les cœurs. La dimension missionnaire de la formation nécessite également un vécu dans une dynamique d’interculturalité.
Notre confrère, Mgr. Cyprien Mbuka, évêque émérite de Boma, nous a introduit dans cette dynamique d’interculturalité dans la Congrégation. Avec les mutations du monde actuel, il invite à une construction de « l’identité culturelle propre » qui est le résultat d’une acculturation. Dans cette perspective, l’interculturalité est un effort de construire une identité culturelle. Les formateurs devront aider le jeune en formation en premier lieu, à grandir dans sa propre culture, à s’enraciner dans sa propre identité culturelle, et à s’ouvrir à la culture de l’autre.
En plus, nous avons été initiés à la compréhension du « monde des jeunes » qui est composé des millenial (génération Y) et Centennial (génération Z) par notre confrère Prosper Mbumba. Pour lui, le monde des jeunes de ces générations est caractérisé par le développement des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) ayant un impact indéniable sur les pensées et l’agir des jeunes. Le formateur devra entrer dans cette dynamique pour mieux comprendre et accompagner les jeunes en formation.

Fondements de la formation selon les documents de l’Eglise et les documents CICM
Monsieur l’abbé Georges NJILA, prêtre de l’archidiocèse de Kinshasa, nous a fait un exposé au sujet du document romain Ratio fundamentalis institutionis sacerdotalis de 2016, un document qui régule la Formation Initiale dans l’Eglise en général. Après avoir expliqué les différentes étapes de la formation telle que prévue par la Ratio, il a mis en évidence le but principal de chacune de ces étapes, qui est de former le candidat à la vie de disciple-missionnaire et à être configuré au Christ. Quant à la Formation Initiale en CICM, elle s’inscrit dans la formation de l’Eglise. Le Père Roger Nshono, conseiller général en charge de la formation initiale en CICM, nous a fait un exposé sur Les Directives Générales pour la Formation Initiale en invitant à les considérer comme un guide et un outil précieux pour l’harmonie des programmes de la formation en CICM.
Le rôle de la Psychologie dans la Formation Initiale en CICM
L’importance de la psychologie dans la formation a été traitée sous plusieurs angles, à savoir : l’évaluation psychologique des candidats, le counseling, la détection de l’orientation sexuelle et le bien-être psychologique des formateurs.
Concernant l’évaluation psychologique, cette question a été traitée par la Professeure Sœur FlorenceMbiya, de la Congrégation des sœurs Thérésienne de Kinshasa. Elle a rappelé les raisons d’être d’une évaluation psychologique pour les personnes consacrées.
D’abord le contexte théologique et éthique : la personne consacrée est un être humain comme toute autre personne avec des blessures et des fragilités qui nécessitent un accompagnement. Cette évaluation aide à déceler d’éventuelles problématiques psychologiques, à favoriser la connaissance de soi, et enfin à accompagner la personne dans les moments de crise et de transition.
Le Père Jean-Claude Kanku, à son tour, a abordé la question du counseling dans sa dimension pratique et théorique en relevant son importance comme faisant partie de la grande famille de la relation d’être qui aide à la croissance psychologique et spirituelle de la personne humaine.

La session a pris fin avec une réflexion sur l’importance du bien-être psychologique des formateurs. Partant de sa riche expérience dans le leadership de la Congrégation, Charles Phukuta, le Supérieur Général a mis en relief la nécessité de prendre soin de soi-même au niveau mental. Car le formateur, comme tout être humain, fait face aux nombreux défis et pressions de son environnement de travail, il devra donc bien prendre soin de lui-même. Négliger cette dimension de notre être serait courir le risque d’un ministère contre-productif. D’où l’urgence de mettre en place une stratégie incluant les périodes de repos et de recréation, la participation aux activités nourrissant le corps, l’esprit et l’âme et l’ouverture aux personnes dignes de confiance avec qui partager ses joies et ses peines.
Au-delà des connaissances acquises, cette session a aussi été un moment de grandes retrouvailles entre confrères, et un temps de renforcement des liens de fraternité. La session nous a permis à nous formateurs, d’avoir les instruments nécessaires pour nous aider à mener à bien notre ministère qui nous a été confié au sein de l’Eglise et de la Congrégation. Nous sommes sortis nourris et enrichis avec une compréhension beaucoup plus claire de notre identité, de notre rôle et de notre mission. Nous sommes aussi conscients que les défis qui nous attendent sur le terrain sont multiples : d’abord ceux du témoignage et de l’exemplarité, qui consistent à vivre la cohérence de notre appel en étant de bons bergers et de bonnes brebis, et le défi du « Sensus Fidei » qui est celui d’être à l’écoute de l’Esprit Saint qui peut nous parler à partir de ceux qui sont formés. La session nous a ouvert l’esprit à une espérance nouvelle, à un futur pour la congrégation qui passe par la formation des jeunes pour la Mission de demain. Nous voulons exprimer notre gratitude au Gouvernement Général d’avoir pensé à organiser une telle session pour le bien de notre chère Congrégation.






