
Antonius Harnoko, cicm
Missionnaire au Japon
En janvier dernier, pendant ma période taïwanaise, j'ai ressenti le besoin de prendre une journée de repos bienfaisant. Je suis allé me promener dans le National Taiwan Museum (NTM), qui est magnifiquement niché dans le cadre paisible du 228 Peace Memorial Park, une oasis de tranquillité à quelques pas de notre maison provinciale dans le cœur animé de Taipei. Le NTM, un modèle du patrimoine culturel de Taïwan depuis sa création en 1908, est le plus ancien musée du pays, et, entrer dans ses grands halls donne l'impression d'entrer dans une capsule contenant l’histoire. En traversant les galeries spacieuses, un sentiment d'émerveillement m'a envahi lorsque j'ai découvert la diversité captivante des différentes expositions. Les trésors archéologiques et l’étalage des richesses culturelles en disent long sur l'histoire multiforme de Taïwan, intimement liée plus largement à l’histoire de l’Asie. L'influence de pays voisins tels que les Philippines et l'Indonésie se manifeste à travers les objets d’art, et crée un ensemble harmonieux qui constitue l'identité de Taïwan. Alors que je me promenais tranquillement d'une salle à l'autre, une modeste pancarte a attiré mon attention, discrètement positionnée dans un coin tranquille du musée. Elle portait les élégants caractères chinois 過去的未來, se traduisant par « le passé est l’avenir ». Le message a touché une corde sensible en moi, suscitant une profonde réflexion. Les musées servent de passerelles vers le passé, nous guident à travers des couloirs historiques et nous obligent à réfléchir à notre état présent et à envisager nos possibilités futures. Je suis resté silencieux pendant quelques instants, absorbant la pertinence de la pancarte et laissant sa sagesse m'envahir. C'est si simple, mais si profond.

À l'approche de 2025, je me suis retrouvé pleinement engagé dans un effort de collaboration avec les membres de mon gouvernement provincial, pour examiner et mettre à jour nos statuts provinciaux. Ce travail méticuleux nous a obligés à nous plonger profondément dans le riche ensemble de nos propres documents CICM et de l'Église. Il a révélé leur complexité et leur profondeur. La contribution des confrères de divers districts et communautés a insufflé de nouvelles perspectives, transformant nos documents en documents dynamiques de notre tradition et de notre mission pour l’avenir.
En réfléchissant à notre voyage commun, nous qui embrassons publiquement la vie religieuse, nous pourrions facilement négliger ce devoir sacré de vivre notre engagement selon la Bible et nos documents fondamentaux. Ces textes précieux sont souvent relégués sur des étagères poussiéreuses, intacts et oubliés. Une idée fausse et persistante s’est faite jour : notre relation avec ces documents se termine lorsque nous prononçons nos vœux perpétuels ou lorsque nous sommes ordonnés prêtres. Pourtant, la vie active de Jésus décrite dans les Évangiles, la sagesse partagée par nos ancêtres et les meilleures pratiques enchâssées dans nos textes fondateurs sont une invitation à les revisiter et à les assimiler en vue de notre voyage spirituel.
Du 19 au 27 février, j'ai eu la chance de participer à une session de « formation à la collaboration » pour le gouvernement provincial de la RP et de l'ASI. Cet événement a été guidé par notre Supérieur général, le P. Charles Phukuta, assisté du P. Peter Koh, notre Econome Provincial. Dans le cadre paisible de Maryshore à Bacolod City, les sept jours ont été bien remplis de dialogues enrichissants. Nous nous sommes profondément engagés dans la richesse contenue dans nos documents CICM, et la diversité des échanges, associés au partage franc de chaque confrère, a transformé notre étude en un profond voyage de découverte mutuelle. Tout au long de la semaine, j'ai été frappé par cette révélation que revisiter notre histoire à travers le prisme de ces documents n'était pas simplement un exercice académique : c'est devenu un acte sacré de renouveau spirituel et évangélique, réaffirmant notre identité de missionnaires religieux. Plus je m'immergeais dans les textes et m'imprégnais des expériences partagées par mes confrères, de moments de joie mêlés de défis, plus je me sentais capable d'aller de l'avant malgré mon propre sentiment de ne pas vivre toujours en accord avec ces textes.

L'un de mes récits évangéliques les plus chers est l'expérience d'Emmaüs. Dans ce passage, alors que les disciples entament leur voyage vers la plaine, la présence intense de Jésus, ainsi que ses paroles convaincantes, ont illuminé leur chemin, en ces moments sombres qu’ils vivaient. Dans leur combat intérieur, Jésus est devenu source d'illumination, les exhortant à retrouver l’espoir. J'ai réalisé que notre passé n'a pas besoin de devenir un musée sans vie rempli de regrets. Au contraire, revisiter notre histoire peut ouvrir la voie à l'accueil de nouvelles possibilités qui s'offrent à nous. L'expérience d’Emmaüs incarne véritablement l'essence de cette année jubilaire : Pèlerins de l'espérance.
Alors que nous entamons un nouveau chapitre dans la vie de nos provinces avec un nouveau gouvernement provincial dans la province d'Asie, je peux réfléchir une fois de plus à la sagesse contenue dans cette petite pancarte à la NTM. Ces pensées accompagnèrent une prière silencieuse de gratitude. Je suis profondément reconnaissant envers Dieu pour les innombrables bénédictions de ces dernières années. Chaque expérience, qu'elle soit précieusement documentée ou qu'elle soit imprégnée dans le fond de ma mémoire, fournit des informations inestimables qui peuvent façonner nos réflexions pour aujourd’hui et nos aspirations pour l'avenir. En effet, notre espérance grandit dans la perspective que le passé est comme une lumière qui guide et qui éclaire les chemins qui s'offrent à nous.



