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    Ceux qui nous ont quittés

    J’ai choisi la meilleure part

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    Joel Valery Ntsegue

    Joel Valery Ntsegue, cicm

     

    Introduction

    J’ai choisi la meilleure part (cf. Lc 10, 42). Tout est parti du témoignage d’un aîné CICM, le père Emmanuel Iroung, qui, s’inspirant de Lc 10, 42, disait dans le partage de son expérience pendant notre session de préparation intense aux voeux perpétuels : « Mes frères, sachez que vous avez choisi la meilleure part. Les gens pourront dire : mais pourquoi a-t-il choisi de servir le Christ ? Pourquoi n’avoir pas choisi tel autre « métier ? » Ces paroles du confrère m’ont bouleversé : j’ai passé deux journées à méditer à ce sujet. Je repensais à mon enfance dans mon village natal Mvaa (dans la Lekie au Cameroun)  et à ma belle petite vie dans l’ethnie Mfou. C’est tout le film de ma vocation qui défilait dans ma tête. Je pouvais revoir comment le Seigneur avait fait irruption dans ma vie, comment il avait posé sa main sur moi et orienté ma vie jusqu’à ce que je fasse le choix de me consacrer à lui. Un tel choix a des conséquences, surtout en ce moment où je désirais m’offrir à lui définitivement. Et tout en considérant ma petite connaissance de moi-même, quelques questions surgirent alors dans mon esprit : « Que vais-je devenir en me consacrant définitivement ? Quels vont être mes nouveaux choix ? Quelle devra être ma nouvelle ligne de conduite et d’action ? » Pendant que je faisais ces raisonnements, les jours passaient : entretien après entretien, partage d’expériences par-ci et excursion par-là, jusqu’à ce qu’arrive la retraite animée par le père Jean Lugbu sur le thème « Consécration définitive par la profession des conseils évangéliques dans la vie religieuse ». La relecture de mes expériences personnelles de la rencontre avec Dieu m’a permis de réaliser qu’en disant définitivement oui à Dieu dans la Congrégation du Cœur Immaculé de Marie, j’acceptais de : 

     Me consacrer à Dieu pour toute la vie

    Il y’a quelques années, je tâtonnais encore, m’auto-évaluant et me laissant évaluer, dans l’attente d’une réponse favorable de mes Supérieurs pour renouveler mes engagements religieux. Maintenant, c’est pour vivre ma consécration de manière définitive. Comme il est bon et agréable de chercher à grandir dans notre être profond ! En effet, « consacrer », c’est « mettre à part », pour un bien supérieur. Pris dans le contexte qui est le nôtre, la consécration religieuse est un acte qui unit le religieux ou la religieuse à Dieu de telle sorte que la personne se retrouve mise à part, séparée du monde et de tout ce qu’elle possédait. Mais, me consacrer totalement qu’est-ce que cela changera en ma personne ? L’expérience de la rencontre de Jésus avec Zachée m’a permis de comprendre que l’idée que j’avais de la consécration ne consistait pas à monter, ou mieux à gravir les étapes de la formation initiale, mais à descendre, comme Zachée, de mon sycomore afin de rencontrer l’humilité incarnée en Jésus. D’où la nécessité d’éviter de me consacrer à la légère. Car se consacrer à la légère, c’est s’exposer à de grands regrets.

    Me délier

    En plus de me consacrer totalement à Dieu, j’ai également choisi de me délier de ce qui, comme dans la rencontre de Zachée avec Jésus, m’empêche de voir réellement Dieu. Il s’agit aussi de me délier de tout ce qui empêche Jésus d’entrer dans ma maison et d’y demeurer. Du coup, je me rends compte que : devenir religieux, ce n’est pas parce qu’on en a envie, mais lorsqu’on a pris le risque de rompre avec le siècle, la résolution de renoncer à ses biens, celui d’accepter de se séparer de sa famille pour suivre le Christ, dorénavant aimé par-dessus tout. Prendre un tel risque suppose aussi d’avoir l’audace de tout quitter, de tout abandonner, de tout vendre pour entreprendre un nouvel exode avec le Christ. Est religieux celui qui accepte de professer publiquement qu’il renonce à l’exercice de ses droits fondamentaux : le droit au mariage, le droit à la propriété privée et le droit d’avoir un propre projet de vie, pour imiter le Christ chaste, pauvre et obéissant.

    Me lier

    Par analogie, la consécration religieuse est comme un mariage entre un homme et sa dulcinée : il quitte un état de vie pour entrer dans un autre. Pour le religieux que je suis, l’acte de quitter et de tout quitter devient la première condition de ma vocation. En effet, quitter mérite plus d’engagement de la part du religieux. Je me pose alors la question : « Ai-je vraiment tout quitté pour me lier à Dieu. Ne suis-je pas toujours attaché à ce que je prétends avoir quitté ? Pourquoi devrais-je me délier de ce tout ce que j’aime pour aimer seulement le Christ ? Et ma famille, que deviendra-t-elle ? Mes projets de jeunesse, que vont-ils devenir, alors que mes égaux « roulent en carrosse » ? Les enseignements et les échanges avec mes frères pendant la session m’ont ouvert les yeux pour mieux comprendre que dans ce « tout quitter », il s’agit d’un dépouillement intérieur pour laisser la priorité à Dieu. En effet, la Bible nous demande de tout quitter et de choisir Dieu comme notre premier amour. Mais tout quitter ne consiste pas à se détruire soi-même ; ça ne signifie pas oublier sa famille biologique jusqu’au point de ne pas l’aider, même quand on le peut. Se lier à Dieu ne signifie pas non plus arrêter de vivre ou d’être joyeux. Car « quand dans la vie religieuse il n’y a pas la joie, quelque chose ne va pas » . Et moi qui veux m’engager définitivement aujourd’hui après m’être délié de tout, ne vais-je pas me lier à ce qui m’empêcherait de mieux suivre et servir le Christ dans le futur ?

    Avoir une nouvelle identité

    Au regard de ce qui précède, je me rends inéluctablement compte de ce que, si ma consécration n’est pas bien vécue, mon identité et mon appartenance religieuse tomberont en ruine. Et le Pape François souligne trois piliers de l’appartenance religieuse qui nous confèrent une nouvelle identité, à savoir l’humilité, la fidélité et la prière. En réalité, la consécration n’a pas commencé avec moi et elle ne s’achèvera pas avec moi. Elle m’a été octroyée comme un don au sein de ma famille religieuse CICM. Il est nécessaire pour moi de cultiver la fidélité, l’amour et la paix. Car désormais, tout ce qui touche à la Congrégation me touche aussi et vice-versa. Je dois avoir un amour débordant pour l’Institut. Puisque c’est le propre de l’Institut de pouvoir grandir, et il grandira par ses membres, je ne devrais pas être un frein à l’éclosion de ma famille religieuse. Non seulement cela pourrait ternir son image et sa réputation, mais aussi la rendrait inefficace et moins productive. Ma consécration définitive m’invite donc à la fidélité    intérieure et extérieure. Ma nouvelle identité m’oblige à être davantage un homme de prière. Je dois prier pour ma famille religieuse et pour le monde, je dois prier pour ma consécration afin que je sache rester authentique et cohérent au sujet de mon identité et de mon vécu en tant que religieux et que je cherche toujours à témoigner par l’exemple. 

    Conclusion

    A l’aube de ma profession perpétuelle, je me tiens devant l’amour du Seigneur pour moi et pour son peule comme devant un miroir et je me sens si petit, si indigne que je m’avoue vaincu, mais je prends la résolution de m’abandonner totalement à lui. Qu’il continue d’orienter ma vie jusqu’à la rendre utile pour l’avènement de son Royaume à travers l’œuvre missionnaire religieuse de notre chère Congrégation. A lui, je veux me consacrer pour toujours. Pour lui et pour son œuvre de salut du monde, je me délie de tout ce qui n’est pas lui et qui éloigne de lui. Je me lie à lui et abandonne entre ses mains ma liberté. Tout en le remerciant pour sa grâce envers moi qui si souvent ai péché, je me laisse consumer par son amour inconditionnel qui a bien voulu m’accorder une nouvelle identité. Je veux lui rester fidèle, mais je sais que mes seules forces ne suffisent pas pour faire face aux assauts du mal qui essayent trop souvent de m’empêcher de tout quitter pour le Seigneur. Je compte encore sur sa grâce et je promets d’en dépendre toujours. Car il est et reste le rocher sur lequel mon être peut s’appuyer.