
Jean-Claude Kanku, cicm
Le 09 mai 2024, jour de l’Ascension du Seigneur, le Pape François avait annoncé officiellement la tenue en 2025 d’un jubilé, appelé communément « Année Sainte ». Par la même occasion, il a publié la bulle d’indiction intitulée :
« Spes non Confudit », « l’espérance ne déçoit pas », Rm 5,5. Au début de la bulle, il exprimait un souhait profond : « Puisse l’Espérance remplir le cœur de ceux qui liront cette lettre ».
Comme d’habitude, j’avais lu avec beaucoup d’intérêt la bulle d’indiction, et je l’ai même utilisée dernièrement dans une retraite pour religieuses qui se préparaient à leur jubilé d’argent de vie religieuse. J’avais insisté sur le fait que l’espérance est à la fois un don et une pratique : quelque chose que nous recevons mais que nous cultivons également par un effort intentionnel.
L’espérance est au centre même de la formation initiale : « Souviens-toi de Jésus-Christ, ressuscité d’entre les morts, il est notre salut, notre gloire éternelle ». C’est ce que nous proclamons et croyons fermement. Et nous le savons avec certitude que nous marchons vers cette gloire éternelle. C’est une promesse absolue de la part de notre Seigneur Jésus-Christ. Sans cette conviction de foi, parce que l’espérance est intrinsèquement liée à la foi, les formateurs ne peuvent rien faire et les jeunes en formation seront abandonnés à eux-mêmes. C’est Dieu qui appelle le jeune en plaçant le germe de l’espérance en lui (espérance comme don) et c’est lui qui est le véritable et l’unique formateur. C’est une vérité fondamentale que les formateurs doivent intérioriser et les aider à se considérer comme des « médiateurs imparfaits » au service du Seigneur.
D’ailleurs Amadeo Cencini dans son livre : « Les sentiments du Fils » parle de la formation comme d’un ministère c’est-à-dire un service fraternel offert à celui qui fait la découverte du projet de Dieu sur lui et, elle est en même temps un mystère, c’est-à-dire une action divine que le Père réalise avec la puissance de l’Esprit pour modeler, en ceux qu’il appelle, l’image du Fils (p. 6). Le formateur est celui qui aide le jeune à se laisser convertir et former par la grâce. En d’autres termes, le processus de formation n’est pas fait d’abord de notions à transmettre, de parcours à tracer ou de directions à donner, mais il est avant tout un « engagement » et une « confession » de sa foi (une transmission de notre espérance). Le formateur qui a déjà des convictions profondes essaie de les vivres et de préparer un espace pour que la force agissante de Dieu puisse trouver une bonne terre. Le processus de formation est une marche en présence du Seigneur. Il l’avait promis à Abraham et à sa descendance (Gn 17, 1). Il s’agit réellement de marcher en présence de Dieu, de sentir que nous sommes en marche vers là où il nous conduit, nous laissant guider par sa promesse (espérance).
Marcher, toujours marcher malgré les hauts et les bas de la vie, en mettant notre confiance en lui, parce que l’espérance ne déçoit pas. En ce sens, la maison de formation est un espace spirituel d’espérance dans lequel les formateurs et les jeunes en formation regardent vers lui pour resplendir, sans ombre ni trouble au visage. « Un pauvre crie ; le Seigneur entend : il le sauve de toutes ses angoisses. » (Ps 33, 6-7). Ils regardent vers lui pour rester ancré dans quelque chose d’éternel. Pour vivre cette vie d’espérance, nous avons besoin d’une ancre, quelque chose de solide et d’inébranlable qui stabilise lorsque les vagues de la vie deviennent fortes. Et pour nous les croyants, cette ancre est la promesse de l’amour et de la providence de Dieu. C’est cela qu’il faudra susciter et entretenir chez les jeunes en formation.
En montrant par notre façon de vivre que l’espérance est un chemin qui ne se résume pas nécessairement à de grands gestes mais à un mouvement constant et déterminé vers l’avenir. Les formateurs, en insistant sur l’importance de la prière et de tous les exercices spirituels, aident les jeunes en formation à se laisser conduire par la présence permanente de l’Esprit Saint qui irradie la lumière de l’espérance, qui la maintient allumée comme une torche qui ne s’éteint jamais pour donner soutien et vigueur à notre vie (bulle d’indiction du Jubilé ordinaire de l’année 2025, n. 3).
Monseigneur François Bustillo, dans son livre : « Passons sur l’autre rive, vers une vie religieuse renouvelée », dit ceci : « Si des jeunes répondent à un appel, il est responsable de se dire : qu’allons-nous offrir à ces jeunes ? Une qualité de vie spirituelle ? Une passion pour le Royaume ? Des modèles d’hommes et de femmes entièrement donnés ? Une sobriété de vie prophétique ? Un style de vie capable de combler leurs attentes ? (p. 79).
Le Pape François répond à toutes ces questions dans son homélie du 2 février 2017 en parlant de l’espérance : « Nous sommes les héritiers des rêves de nos pères, héritiers de l’espérance qui n’a pas déçu nos pères et nos mères fondateurs, nos aînés ». Si notre Congrégation tient bon jusqu’aujourd’hui, c’est parce que notre fondateur et ses premiers compagnons, tous nos confrères aînés ont marché en la présence du Seigneur et ont transmis cette passion pour Dieu et pour la mission aux générations futures. C’est cette passion pour le Christ, pour la mission confiée à notre Institut, qu’il faudrait transmettre aux jeunes en formation en utilisant tous les moyens mis à notre disposition par la Congrégation, et en comptant sur celui qui appelle, qui forme, qui envoie, et qui nous promet sa présence jusqu’à la fin des temps . Concentrons toutes nos énergies à cette noble tâche qui est celle de transmettre à nos jeunes en formation cette certitude de notre espérance : « le déjà là et le pas encore », alors nos maisons de formations deviendront des lieux dans lesquels nous vivrons dans l’attente cette espérance et, en attendant, nous discernerons les signes des temps pour cheminer avec assurance vers celui qui ne déçoit pas : « Voici que je fais une chose nouvelle : elle germe déjà, ne la voyez-vous pas ? Oui, je vais faire passer un chemin dans le désert, des fleuves dans les lieux arides » (Is 43, 19).
Vivre dans une attitude profonde de confiance dans le Seigneur (espérance) est un élément important de la formation initiale. Nous avons besoin d’un nouveau type de communauté, structurée par la déférence et l’obéissance mutuelle où personne n’occupe le centre ; le centre reste vide, espace vide rempli par la gloire de Dieu (Timothy Radcliffe, Que votre joie soit parfaite, p. 155). Ainsi, nous pouvons déjà dans la communauté de formation comprendre et vivre le fait que l’histoire de l’humanité n’est pas une histoire de succès individuel, de promotion ou de compétition ; c’est l’histoire de la marche de l’humanité vers le Royaume, célébrée chaque année dans le cycle liturgique. Ainsi, nous pourrons, avec conviction et détermination dire avec saint Paul : « J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. » (Rm 8, 35. 37-39) C’est de cela qu’il s’agit. Sans cette conviction profonde nourrie par la méditation de la parole de Dieu, l’adoration prolongée du Corps du Christ livré pour nous, l’Eucharistie célébrée chaque jour pour faire mémoire de l’amour incommensurable du Seigneur pour ses frères et sœurs, les cours théologiques et les différentes instructions pour acquérir une espérance, conquise, lucide, hors de toute naïveté, nos maisons de formation ne serviront à rien. Heureusement, nos programmes de formation ont été conçus pour aider les jeunes en formation à entrer en contact avec ce don précieux placé en eux par le Seigneur dès le ventre de leurs mères, et aussi leur donner la possibilité grâce à plusieurs exercices spirituels et académiques de garder la lampe allumée, en vue de transmettre cette espérance aux autres dans nos apostolats à travers le monde.
« Non pas à nous, Dieu Éternel, non pas à nous, Mais à ton nom donne gloire, à cause de ta bonté, à cause de ta fidélité ! Pourquoi les nations diraient-elles : Où donc est leur Dieu ? Notre Dieu est au ciel, il fait tout ce qu’il veut. » (Ps 115, 1-2)








