
Jonel Dalimag, cicm
Missionnaire aux Philippines
L’audace missionnaire est un aspect essentiel de notre presence missionnaire.
La définition de la mission CICM : « Là où une présence missionnaire est la plus nécessaire, en particulier là où l'Évangile est inconnu ou non pratiqué, CICM est prête à aller ! » a éveillé mon désir de la rejoindre. Cette phrase a été employée comme slogan pour le recrutement au séminaire missionnaire CICM Maryhurst ; il apparaissait sur les calendriers, les t-shirts, les affiches et des cartes. Elle reflète l’engagement de la Congrégation à partager la Bonne Nouvelle, en particulier parmi ceux qui ne l'ont pas entendue, comme le soulignent les Constitutions, particulièrement l'article 2, qui stipule : « Nous sommes envoyés aux nations (ad gentes) pour partager la Bonne Nouvelle là où notre présence missionnaire est la plus nécessaire. » Cette audace missionnaire est ce qui rend notre présence missionnaire unique en CICM. Elle nous identifie comme des missionnaires religieux CICM ; par conséquent, nous sommes différents de nos homologues diocésains et des missionnaires religieux d'autres ordres et congrégations.
Au cours de notre Rencontre de Discernement du District CICM de Baguio-La Union, nous avons réfléchi sur le thème de « la Présence Missionnaire » en préparation aux transferts et nominations du personnel à venir. Bien qu'initialement axées sur les transferts, nos discussions ont approfondi notre compréhension de notre identité et de notre présence missionnaires.
La discussion a porté sur le principe du dialogue fraternel, qui devrait être établi avant toute nouvelle nomination. J'ai souligné que nous sommes dans une période de transition, où la préparation est essentielle. Cette préparation implique un dialogue fraternel entre l'autorité investie du pouvoir de nomination et les confrères. Le vœu d'obéissance exige une confiance mutuelle, en tenant compte des talents individuels et des besoins de la Congrégation. L'article 31 des Constitutions CICM stipule que l'obéissance implique un discernement continu de l'appel du Seigneur, soulignant notre coresponsabilité dans la mission. Le dialogue fraternel et la confiance mutuelle sont des aspects essentiels de la vie religieuse CICM, comme le confirment les articles 83 et 85.

L'article 83 souligne notre coresponsabilité collective dans la mission de l'Institut et l'importance du dialogue et de la participation à tous les niveaux. L'article 85 souligne que les décisions importantes concernant les personnes doivent être prises dans le dialogue entre les Supérieurs compétents et les confrères concernés. Ces principes ont suscité une profonde réflexion parmi les membres du District, l'un d'entre nous ayant refusé une nomination. Selon lui le supérieur qui l'avait nommé ne connaissait pas ses compétences, ses défis et ses aspirations.
Au fil des réflexions, les thèmes de la vision, des aspirations et des objectifs communs émergent à côté de la question de la qualité de la présence missionnaire. Des missionnaires à la retraite mais extrêmement dévoués (RED) partagèrent leurs expériences, soulignant comment leur présence illustrait le fait de tendre la main et de sortir de leurs zones de confort, conformément à l'essence missionnaire de l'Ad Extra. Cependant, ils se sont dits préoccupés par le fait que les jeunes confrères se concentrent trop sur les sacrements et les rituels, négligeant ainsi le véritable aspect missionnaire de leur appel.
Alejandro A. Ulpindo, missionnaire de longue date en République dominicaine, RED pouvant inspirer les jeunes, est venu partager son expérience : L'évêque de San Francisco de Macoris avait invité CICM à s'engager dans l'animation missionnaire dans son diocèse. Nous avons accepté la paroisse San Isidoro de Castillo comme base. L'évêque déclara : « Je veux que San Isidoro Labrador de Castillo soit le centre de l'animation missionnaire pour tout le diocèse », me nommant alors coordinateur diocésain de la mission.
J'ai visité les 48 paroisses et j'ai discuté avec les prêtres, notant leur résistance à cette animation missionnaire. Beaucoup croient que puisque nous sommes tous missionnaires, il n'est pas nécessaire de faire des efforts supplémentaires. Bien qu'ils reconnaissaient l'importance d’une présence physique de missionnaires, celle-ci est pourtant insuffisante : la présence missionnaire signifie : aller joyeusement vers ceux qui sont dans le besoin, surtout là où l'Évangile est inconnu. Nous devons faire plus que distribuer des sacrements et accomplir des rituels pour dynamiser les Églises locales pour la mission universelle. En tant que missionnaires CICM, nous avons un rôle à jouer dans la promotion de la solidarité mondiale entre les Églises particulières. En fin de compte, nous devons agir localement tout en pensant globalement.
Présence missionnaire dans l'Église locale
J'ai continué l'animation missionnaire de manière plus concrète. Par exemple, j'ai formé une équipe diocésaine d'animation missionnaire. J'ai poursuivi ma visite et j'ai invité les forces vives à y participer. Après neuf longues années d'animation, le rêve est devenu réalité. De 15 paroisses, 15 animateurs ont formé l'équipe de base de l'équipe diocésaine d'animation de la mission.
Aujourd'hui, l'équipe diocésaine continue à faire de l'animation missionnaire, et cinq d'entre eux ont été envoyés dans d'autres pays d'Amérique latine pour partager leurs expériences. Nous leur avons ouvert un compte bancaire pour qu'ils puissent continuer leur mission. Bien que je ne sois plus là, le travail continue.
Une paroisse missionnaire
J'ai animé notre paroisse et formé une équipe d'animation missionnaire paroissiale de 25 personnes, y compris des représentants du centre et des barrios. Ils ont créé le groupe « Niños y Niñas Missioneros », qui éduque les enfants à la dimension universelle de l'Église. Ils visitent les écoles, invitant les enfants à faire des recherches sur différents pays, en se concentrant sur les situations des gens, les chansons et les coutumes. Ils présentent leurs découvertes par le biais de pièces de théâtre lors d'assemblées organisées pour eux. Ils continuent à promouvoir la prise de conscience de la mission universelle.
Mission hors des sentiers battus (Missio Ad Gentes, Inter-Gentes, Ad extra)
J'ai également été curé de paroisse pendant de nombreuses années. J'ai suivi fidèlement les exigences de l'Église selon le droit canonique. J'ai célébré la Sainte Eucharistie et administré les sacrements et prêché la bonne nouvelle. Je me suis conformé à la mission de gouverner, sanctifier et enseigner. En faisant tout cela, j’ai consacré également beaucoup de temps à la formation de leaders laïcs. Parfois, je suis sorti des sentiers battus et j’ai célébré l’Eucharistie sur les « autels » des périphéries humaines, dans des lieux où l'Évangile n'est pas connu, prêché et vécu.
Un jour, avec les responsables, nous avons décidé de « célébrer l’Eucharistie près de la rivière qui traverse la ville de Castillo, où j'étais curé. La rivière était tellement polluée et sale parce que les gens y jettent de tout. On peut y voir des choses étranges qui flottent dans la rivière - ce jour qui était jour de fête. J'ai dit aux gens que notre autel aujourd'hui était la rivière, en observant à quoi elle ressemblait maintenant. Tous ont eu l’occasion d'exprimer ce qu'ils voyaient. Pour exprimer notre contrition, j'ai proposé aux gens de demander pardon parce que nous détruisons la rivière. En la détruisant, nous détruisons également notre propre vie et celle des générations futures. Nous avons décidé de nettoyer la rivière et de planter des arbres au bord de la rivière. Nous avons formé un comité pour le nettoyage de la rivière et aussi un comité pour prendre soin des plantes qui y pousseront. Quand je suis parti, il y avait beaucoup d'arbres sur la berge de la rivière.

Une autre expérience a été la conversion d'une décharge en jardin : convertir des ordures en jardin.
Dans l'un des quartiers du centre appelé Porto Rico, il y avait une décharge. De nombreuses personnes s’étaient rassemblées pour assister à la messe sur ce site de décharge. Tout le monde avait son mouchoir devant la bouche. Il y avait une odeur nauséabonde. Je leur ai demandé de retirer leur mouchoir de devant leur bouche et de leur nez, de sentir et de respirer l'air, et de voir et de sentir la différence entre assister à la messe dans une belle église parfumée et l'autel de la décharge. « C'est notre propre œuvre. Nous avons jeté tous nos déchets ici, et ils se sont accumulés au fil du temps. Il est temps de prendre nos responsabilités et de reconnaître nos péchés contre la nature, contre la belle création ». Nous avons eu le temps de faire un examen de conscience. « Maintenant que nous avons redécouvert notre responsabilité, nous allons nous demander comment la concrétiser. Pouvons-nous rendre cet endroit à nouveau beau ? »
Après la messe, les gens ont décidé ce qui suit : nous irons en procession à la mairie et demanderons au maire d'envoyer des bulldozers pour nettoyer tout ce gâchis. C'est ce que nous avons fait, et le maire s'est montré très ouvert et serviable. Il a envoyé une brigade, et en une journée, c'était propre. Entre temps, nous avons formé des équipes pour planter des arbres et des fleurs et aussi une équipe pour veiller à la propreté des lieux. Quand je suis parti, la décharge s'était transformée en jardin. Et les gens pouvaient à nouveau profiter de l'air frais.
Mon objectif initial était que la RED et les anciens combattants parmi nous partagent des expériences de vie, de la sagesse et des conseils qui pourraient guider l'autorité dans le processus de décision concernant les nouvelles nominations pour les 3 prochaines années. Ce fut un profond échange de réflexion entre tous les participants. Notre partage a confirmé ce qui avait déjà été écrit en 1981, à savoir :
« L'élément crucial de notre identité missionnaire CICM est d'aller au-delà de l'endroit où nous sommes, PAS DE NOUS INSTALLER. Un véritable esprit missionnaire exige des attitudes de disponibilité et d'intégration... La mission est partout et le missionnaire se rend toujours disponible. Pour nous, missionnaires CICM, il est typique de franchir toute barrière pour exprimer cette disponibilité. Nous nous préoccupons de la croissance continue des Églises locales, mais nous restons toujours conscients du caractère temporaire de notre présence. Conscients de notre responsabilité envers la mission dans le monde, nous sommes prêts à laisser derrière nous les garanties personnelles et celles acquises par le groupe et à vivre en solidarité avec les plus nécessiteux, les abandonnés et les opprimés. [Présence missionnaire CICM, Actes du 9e Chapitre général (Rome : 1981), pp. 10-12].
En application de l'article 3 des Constitutions CICM, qui affirme que « Nous nous questionnons régulièrement sur les tâches que nous entreprenons. Nous adoptons volontiers les réorientations jugées nécessaires », nous nous mettons sous le microscope pour voir si nous sommes encore dignes d'être appelés « missionnaires ». Cela nous rappelle le 15ème Chapitre général où les capitulants déploraient les nombreux obstacles qui empêchent la Congrégation de réaliser son rêve :
« Le maintien de structures congrégationnelles établies et d'engagements de longue date nous empêchent de «lâcher prise» pour répondre à des défis missionnaires plus urgents. Nous nous sentons très à l'aise dans notre zone de confort et nous craignons le changement. La perte de «l'esprit pionnier» est un obstacle majeur au démarrage de quelque chose de nouveau. Le manque d'animation et d'encouragement de nos dirigeants peut nous conduire à la stagnation et étouffer notre créativité.
Et, bien sûr, une réflexion sur la présence missionnaire de CICM et ses défis ne sera pas complète sans faire référence à « Il faut que le feu brûle » de 1974, mon document préféré de CICM. J'ai partagé une longue réflexion à partir de ce document, mais à cet effet, permettez-moi de partager ces quelques citations :
« Une attitude essentielle du missionnaire est celle de NE JAMAIS VOULOIR S'INSTALLER DÉFINITIVEMENT » (FB 153). Après tout, il nous est rappelé que « nos engagements conservent un caractère temporaire. Cela nous permet de rester disponibles pour répondre à d'autres défis missionnaires. (Art. 10, Const. CICM)
« Le missionnaire qui accepte facilement l'idée d'être remplacé trouve son bonheur dans le fait d'être à la disposition des autres. Il se réjouit de voir d'autres personnes reprendre ses œuvres. Il conserve suffisamment de souplesse pour se consacrer à une autre tâche avec la même générosité. Une autre attitude importante est de pouvoir s'intégrer pleinement dans un nouveau milieu, où le missionnaire a la possibilité de grandir et de s'inspirer de valeurs qui lui sont inconnues ».






