C'était une thérapie profonde pour mon corps et mon âme
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Meil Udiel Francisco, cicm
La Communauté Catholique Maranatha est un foyer pour les personnes cherchant à être sevrées de diverses formes d'addiction, notamment les dépendances chimiques (la cocaïne, le crack, l'alcool, les cigarettes et la marijuana), le jeu, et bien plus encore. Le soutien et le dévouement de M. José Martins Cipriano, fondateur de Maranatha en 1995 à Rio de Janeiro, ont été véritablement inspirants. Son engagement dans le Mouvement du Renouveau Charismatique au sein de l'Église catholique l'a motivé à créer un centre de réhabilitation qui offre à la fois la guérison physique et spirituelle pour les troubles de la dépendance pour lesquels la science n'a pas encore trouvé de remède efficace et définitif.
Au cours de mes trente-deux jours d'expérience missionnaire à la Communauté catholique Maranatha à Rio de Janeiro, au Brésil, j'ai reçu de nombreuses leçons précieuses qu'il est difficile de partager avec des mots. L'intensité de l'expérience a été d’autant plus grande du fait d'être le seul Philippin parmi près d'une centaine de Brésiliens issus de différentes régions, chacun avec sa personnalité, ses attitudes, ses défis et ses rêves uniques. J'ai ressenti de la peur et de l'anxiété, principalement parce que je ne pouvais pas facilement partager ce vécu à ma famille et à mes paroissiens. J'ai aussi ressenti des inconforts physiques, notamment des douleurs corporelles, des douleurs à l'estomac, un mal de gorge et de la toux. Malgré ces défis, je n'ai jamais envisagé d'abandonner. Mon désir de mieux connaître les patients maintenait la motivation. Je crois que cette expérience intense m'a mieux préparé à ma vie missionnaire à venir.
J'ai également participé à une retraite Maranatha pour hommes du 29 au 31 août 2025, qui avait comme thème le texte biblique de 1 Corinthiens 16 : 9 :
« Une grande porte s'est ouverte. » Ce thème reflétait la mission de la communauté en tant que famille accueillante. Une maison fermait, mais deux nouvelles allaient ouvrir. Le bonheur de ce ministère m'a poussé à danser, a ouvert ma bouche pour chanter et a élevé mon esprit pour prier.
Au cours des sessions, des intervenants guéris de l'addiction ont partagé leurs témoignages personnels et leur réflexions bibliques. Leurs histoires illustraient comment leur passé avait façonné leur présent et mis en lumière la manière dont leurs familles les accueillaient. Le partage de Frère A sur La Parabole du Fils Perdu (Luc 15 : 11–32) a réaffirmé mon identité d'enfant de Dieu, me rappelant que je cherche parfois un bonheur temporaire dans les richesses du monde. Face à des problèmes hors de contrôle, la seule solution est de retourner vers Dieu et de chercher la réconciliation avec nos familles : « Père, j'ai péché contre Dieu et contre toi. Je ne mérite plus d'être appelé ton fils. » (Luc 15 : 18-19). La famille est tout ; Il y a toujours quelqu'un prêt à ouvrir la porte et à nous accueillir à bras ouverts.
Le témoignage du frère B, basé sur Ésaïe 62, parlait du Messie que nous attendons — celui qui apporte la Bonne Nouvelle, guérit les cœurs affligés et nous libère du péché. Jésus de Nazareth incarne le Messie vivant — passé, présent et futur — offrant continuellement le salut éternel. Il est né pour nous montrer l'image de Dieu sur terre, et Sa mort cruelle a révélé la situation de l'humanité devant Dieu au ciel. Frère B a confronté tout le monde dans la salle avec des mots et des gestes forts — une manière culturelle de s'adresser aux hommes lors des retraites au Brésil. Au début, cela a été un choc culturel pour moi, mais j'ai compris que cela mettait en avant notre pouvoir de changer notre passé. Chaque rechute dans l'addiction fait souffrir à nouveau Jésus ; nous Le crucifions à nouveau, car la douleur de la dépendance affecte les familles encore plus profondément que l'individu dépendant.
La réflexion de frère C, tirée de l'Ecclésiastique (Sirach 3 : 29–35) « Honorer son père et sa mère c’est rendre honneur à Dieu », nous a rappelé que chaque histoire - positive ou négative – a ses racines dans les générations antérieures : nos parents, grands-parents et arrière-grands-parents. Notre mission aujourd'hui est de prier et d'arrêter la « maladie » de l'addiction qui a blessé ces nombreuses familles que nous soutenons ici à Maranatha. J'ai pleuré sincèrement, comme un enfant, alors que certains représentaient symboliquement mon père et ma mère. Les mots « Pardonne-moi ! Tu me manques ! » coulait de mon cœur, accompagné de larmes. Je ne sais pas combien de temps j'ai pleuré, mais c'était une thérapie profonde pour mon corps et mon âme.
Je suis engagé dans différentes expériences qui accomplissent ma vocation missionnaire — pour l'Église et pour ma famille. Les Évangiles synoptiques (Matthieu 19 : 29 ; Marc 10:29–30 ; Luc 18:29–30) affirment que ceux qui quittent leur famille, leur foyer et leurs biens pour l'amour de Dieu et de l'Évangile seront abondamment bénis et hériteront de la vie éternelle.
Trois spiritualités vivantes de la communauté catholique Maranatha
D'après mon expérience, trois piliers spirituels soutiennent profondément le processus de traitement à Maranatha :
1. Aider et être aidé
Cette spiritualité est inspirée par Sainte Thérèse de Calcutta, la première sainte patronne de notre communauté, qui incarnait la véritable charité en servant chacun sans distinction. La Maison Maranatha est toujours ouverte pour accueillir ceux qui en ont besoin. Chaque personne a une valeur intrinsèque et une responsabilité vitale envers les autres, car nous vivons ensemble en tant que pères, mères, frères et sœurs dans le même foyer. Je tiens à exprimer mon profond respect et ma gratitude à tous les bénévoles professionnels qui consacrent leur temps, leurs talents, et parfois même leurs ressources, pour servir notre communauté.
2. La Prière comme pouvoir de guérison
La prière est au cœur de notre traitement, car Dieu est plus grand que toutes choses et nous donne la force de surmonter l'addiction. Par l'intercession de saint François d'Assise, notre deuxième saint patron, nous apprenons à vivre l'Évangile et à apprécier la beauté de la création. Les singes et les oiseaux colorés qui vivent un peu partout à Rio de Janeiro nous rappellent la joie de Dieu. La Sainte Messe est la source de toute grâce. Nos défenses les plus fortes contre le mal incluent le groupe de prière, la dévotion mariale, le Chapelet de la Divine Miséricorde, la prière à saint Michel Archange et l'adoration eucharistique. Je suis profondément reconnaissant envers tous les prêtres qui célèbrent l'Eucharistie, écoutent nos histoires et offrent le pardon dans le sacrement de la réconciliation.
3. Vivre neuf mois dans la maison
Passer neuf mois dans le centre de réhabilitation symbolise la grossesse d'une femme, sous la protection de la Bienheureuse Vierge Marie et à « Maranatha » qui signifie « Viens, Seigneur Jésus. » Bien que neuf mois peuvent sembler courts, pour ceux qui suivent un traitement, cela représente un parcours long et transformateur — surtout pour les personnes dont les addictions ont commencé dans l'enfance. Les schémas familiaux sont souvent profonds et doivent être pris en compte et guéris au cours de ce processus.
Alors que nous célébrons l'Année de l'Espérance dans notre Église, aspirons à être des signes d'espérance pour les autres. La spiritualité de la présence a un impact positif — elle montre qu'on peut avoir confiance en quelqu'un pour écouter, partager ses peines et accepter l’autre tel qu'il est.
Mon expérience unique au Centre de Réhabilitation de la Communauté Catholique Maranatha est maintenant terminée, me laissant avec un mélange d'émotions. En tant que compagnon spirituel, je continuerai à prier pour chacun et à attendre son retour chez lui auprès de sa famille.









